Hypothèses en vrac sur la démocratie dialectique

Hypothèses en vrac sur la démocratie dialectique

§1. La dialectique est le mouvement même de l’intersubjectivité conflictuelle qui cherche à dépasser les contradictions sociales par de nouvelles synthèses pratiques.

§2. La dialectique s’enracine dans le dialogue, la délibération, c’est-à-dire l’échange de perspectives contradictoires, mais elle déborde la discussion pour se placer sur le terrain de l’action, du conflit, de la négation de l’ordre établi. La démocratie dialectique est la réalisation effective de la délibération dans un champ de forces.

§3. La démocratie dialectique est autant liée à la recherche de normes communes qu’à l’émergence de conflits ; ni purement consensuelle, ni purement agonistique, la pratique démocratique est par essence dialectique, un va-et-vient infini entre les défis engendrés par la coexistence des formes de vie et la tentative de résoudre des problèmes par la découverte collective de solutions pratiques.

§4. La dialectique ne se réduit ni au dialogue, ni aux confrontations, ni à la recherche désintéressée de la vérité, ni à la lutte pour l’hégémonie. Elle déborde la dichotomie rigide qui oppose le moment négatif de l’insurrection, de la brèche, de la grève ou de l’Événement, puis le moment positif des procédures, des régimes, des structures, des institutions. Elle n’est ni réductible à la volonté populaire, ni à une simple mascarade masquant la domination de classe, de race ou de genre.

§5. Depuis Platon, la dialectique représente le dépassement discursif, critique et rationnel de l’opinion. La démocratie dialectique n’est pas le règne de la doxa, mais la négation pratique des idées dominantes.

§6. La négation est toujours partielle, au sens où elle est toujours elle-même qu’un moment d’un processus plus large.

§7. La démocratie dialectique est donc le mouvement effectif de l’auto-critique, de la réflexivité collective qui surgit de l’action politique. Elle est autant destructrice que créatrice ; elle embrasse la négativité comme moment nécessaire de l’émancipation, comme négation déterminée du donné, mais elle propose, pose et institue les bases d’un ordre nouveau.

§8. La démocratie dialectique est intrinsèquement dynamique, elle est l’action pratique des individus et des groupes luttant pour l’émancipation et la construction d’un monde non-encore-advenu. Elle n’apparaît pas dans une sphère publique séparée de la vie, mais s’articule sur le terrain même des milieux, des problèmes qui surgissent du quotidien.

§9. Cette forme nouvelle de démocratie ne se limite pas non plus au local, comme micro-politique détachée de la société et de l’Histoire. Comme la philosophie de la praxis, elle repose sur les contradictions internes des relations sociales. Elle traverse les frontières étanches qui séparent la vie intime, sociale, économique, culturelle et politique.

§10. La dialectique est le mouvement de la réflexivité, du retour de la conscience sur soi par le biais de la négation, l’objectivation et la contradiction ; la démocratie, c’est donc le processus dialectique socialisé, élevé à l’échelle des milieux humains et de la société.

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