La bien-pensance

La bien-pensance

En y réfléchissant bien, l’expression « gauche bien-pensante » est un parfait exemple de l’idéologie dominante. Étiquette mobilisée à outrance pour réduire la pensée critique à une simple affaire de vertu morale, de politiquement correct ou de bonne conscience déconnectée du « vrai monde », elle insinue que les valeurs progressistes auraient le haut du pavé, en formant un système de « pensée unique », un ordre moral répressif qu’il s’agirait de transgresser pour faire sortir la « vérité » d’un peuple caché, silencieux et méprisé. Or, dites-moi sérieusement si les valeurs de gauche structurent le système économique, les institutions politiques, les valeurs culturelles et les interactions sociales à notre époque? Elles forment tout au plus une certaine « image de soi-même », une interprétation collective largement éloignée des pratiques concrètes. Regardons les rapports de force dans l’espace public, l’arène parlementaire, les lieux de pouvoir, les banlieues, régions et quartiers populaires ; depuis quand la gauche aurait-elle le monopole de la « vertu », et quelles « élites » porteraient franchement ce discours de nos jours? Quelques artistes, une poignée d’intellectuel·le·s, quelques chroniqueurs et chroniqueuses qui sont pour la plupart beaucoup moins bruyants qu’une armée de personnalités publiques et de faiseurs d’opinions qui se posent en victimes de la « gauche bien-pensante » alors qu’ils jouissent en fait d’une influence beaucoup plus grande. Parfois, je me dis que la bien-pensance se trouve davantage du côté du discours moral dominant, lequel est franchement plus conservateur qu’on le croit généralement. J’irais même jusqu’à dire la vraie bien-pensance, les idées conformistes et la pensée unique se drapent derrière le voile mystificateur de la pseudo-dénonciation d’un ordre gauchiste fantomatique.

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