La transition psychédélique

La transition psychédélique

Dans un an, le Canada prendra le « virage vert » de la légalisation de la marijuana. Pas de transition écologique, mais une transition psychédélique. Espérons que les gens sauront faire un usage émancipateur de cette substance ambivalente, laquelle peut autant libérer l’imagination qu’atrophier la motivation et la volonté de changer le monde. Pour éviter le piège du « cannabitalisme » (contraction de cannabis et capitalisme), ou encore le paradoxe d’une société d’État qui encouragerait simultanément la consommation et la prévention, nous pourrions profiter de cette opportunité pour créer une chaîne de coopératives de solidarité, dont la mission serait de favoriser l’appropriation démocratique de la marijuana, pour qu’elle passe de simple divertissement en accélérateur du changement social. Comment faire? Loin de vouloir rejouer simplement les années Peace and love, expérimentons de nouveaux modèles de production, d’échange et de consommation, en se servant de cette culture pour financer les communs, innovations sociales et entreprises autogérées. Autoproduction, développement des capacités en horticulture pour favoriser l’agriculture de proximité, principe du don étendu à d’autres sphères de l’existence, revalorisation de la contre-culture comme critique de la consommation de masse et expérimentation de nouveaux modes de vie. Retombons-nous alors dans les illusions d’une autre époque qui a fini par sombrer dans le conformisme qu’elle dénonçait au départ? Pas forcément, à condition que la nouvelle culture ne se complaise pas dans la contemplation et la société du spectacle qui sévit toujours de nos jours. Remplacer une société hyperconnectée par une société buzzée? Autre danger. Pourquoi ne pas surmonter la dynamique productiviste compétition-accélération-aliénation par la mise en place d’un autre rapport au monde, basé sur la coopération, le commun et la résonance? Pas besoin de marijuana pour « résonner » évidemment, mais parfois il faut avouer que les gens sont « pognés », rigides et inhibés par leurs craintes, anxiétés et préjugés.

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