Notes sur la lutte antifasciste et les contre-manifestations

Notes sur la lutte antifasciste et les contre-manifestations

Premier constat: plusieurs personnes critiquent le caractère inefficace (voire contreproductif) des contre-manifestations antiracistes, notamment à cause de la couverture médiatique douteuse qui reproduit le stéréotype des « manifestants radicaux, masqués et violents », ce qui donne des munitions à l’extrême droite qui se pose en victime de la gauche intégriste, bien pensante et intimidatrice. On se retrouve donc avec l’ensemble des grands partis (PLQ, PQ, CAQ) qui dénoncent la violence des deux côtés, à l’instar de Trump. Or, s’il est vrai que les contre-manifs ont des conséquences ambivalentes sur l’opinion publique et qu’elles ne devraient pas constituer notre seul arsenal pour endiguer la montée du fascisme, les gens qui dénoncent cette tactique n’ont généralement pas de solutions ou d’alternatives pour lutter contre le fascisme. Notre problème, ultimement, c’est la faiblesse de notre répertoire d’action collective, et un manque d’imagination politique pour organiser un large mouvement social contre l’intolérance, l’anti-immigrationnisme et le national-populisme autoritaire.

Cela étant dit, le « front de la rue » ne peut être abandonné, et l’argument « ne leur donnons pas d’attention, ce sont des groupuscules marginaux » a montré ses limites. L’extrême droite est bel et bien là, elle progresse à grande vitesse, car les discours, les images et les événements qui surgissent au Sud (comme en Europe) se moquent royalement des frontières nationales. Bref, nous ne pouvons plus jouer à l’autruche, et nous ne pouvons pas ne pas manifester pour dénoncer la barbarie et scander haut et fort l’impératif de la solidarité humaine. Maintenant, une question impérieuse demeure : que faire?

Le front de la rue et la manière d’aborder intelligemment ce terrain d’action sur le plan tactique représente un élément incontournable de la réflexion : il ne s’agit pas seulement d’avoir raison, mais de trouver les moyens adéquats pour gagner à court, moyen et long terme. De plus, la rue ne représente qu’un moment parmi d’autres luttes que nous devons mener sur le plan social, culturel, idéologique, associatif et politique. Bref, il ne nous faut pas seulement une diversité des tactiques, mais une stratégie, un plan d’ensemble, ouvert et dynamique, permettant d’articuler ces multiples fronts de façon originale et efficace. Si la morale renvoie à la cohérence entre l’idéal et nos conduites individuelles, l’action sociale et politique doit indéniablement prendre en compte les contradictions pratiques de notre situation historique. Je n’ai pas un tel plan, mais nous devons l’élaborer collectivement, en mettant en commun nos réflexions stratégiques afin d’incarner l’idéal de justice et d’égalité sociale dans des actions qui ont une réelle prise sur le réel. Telle est la tâche qui nous incombe maintenant.

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
wpDiscuz