Réflexion sur la gouvernance démocratique

Réflexion sur la gouvernance démocratique

La notion de gouvernance est éminemment problématique, car elle s’accompagne d’un paradigme qui vient détrôner le modèle classique du gouvernement, de l’État social bureaucratique et de l’administration publique centralisée pour le remplacer par le modèle de gestion de l’entreprise privée (corporate governance). Ouverture du processus de décision à une série d’acteurs non-étatiques, décentralisation, partenariats public-privés, reddition de comptes et indicateurs de performance, new public management, autant de modalités qui contribuent à la diffusion de méthodes, critères et normes de régulation basées sur le modèle managérial de la grande entreprise.
 
Cela dit, le décentrement de la prise de décision promu par le paradigme de la gouvernance et l’insistance sur l’inclusion des parties prenantes (stakeholders theory) ouvrent une brèche qui permet de critiquer le modèle hégémonique de l’entreprise privée et des grandes bureaucraties centralisées. En effet, la « démocratie des parties prenantes » stipule que chaque personne ou groupe concerné par les activités d’une organisation devrait être non seulement consulté, mais pouvoir prendre part aux décisions collectives qui affectent ses intérêts. Autrement dit, si nous prenons le principe des intérêts affectés au sérieux, et que nous définissons la démocratie comme la capacité de participer ou d’influencer de façon significative les décisions stratégiques des organisations qui nous touchent directement, alors une interprétation substantielle des principes de gouvernance devrait mener à la démocratisation des institutions.
 
Ainsi, la domination des entreprises par les actionnaires (shareholders) et la gestion des institutions publiques et des sociétés d’État par des « administrateurs indépendants » (comme le promeuvent les adeptes de la « bonne gouvernance ») devraient donc être abandonnées au profit de nouvelles structures et processus démocratiques gouvernés par les « personnes concernées », parties prenantes (stakeholders) ou sociétaires. Bref, après l’ère de l’État-providence comme forme de régulation du capitalisme avancé (social-démocratie), et le modèle flexible du capitalisme financiarisé, néolibéral et mondialisé, nous devons penser les contours d’une nouvelle démocratie économique, sociale et politique, basée sur la socialisation démocratique des entreprises, des services publics et des institutions politiques qui ont été progressivement accaparées par les élites.

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